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Le Donjon de Charles V

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Charles V dans son cabinet de travail (miniature de la traduction française du Policratique de Jean de Salisbury, B.N.F., Ms.24287, fol.2)

Il existait au total huit niveaux au donjon avec la terrasse, dont les cinq premiers possèdent, autour de la grande salle centrale, des pièces secondaires dans les tourelles d'angle et un accès aux latrines.

Le rez-de-chaussée, très remanié au XVIIIe siècle, possède un puits et une grande cheminée dans son mur nord, ce qui a conduit à y voir une cuisine. Pour de multiples raisons, cette utilisation est douteuse, ce niveau, vraisemblablement accessible seulement à partir du premier étage, ayant plutôt servi de réserve et de logement pour des proches ou des domestiques.
Au premier étage, la salle centrale devait servir de salle de réunion. C'est par cet étage que l'on entrait dans le donjon. Contre les voûtes sont toujours en place des lambris de bois de chêne qui, d'après un examen attentif des traces sur les murs, couvraient intégralement ceux-ci jusqu'au sol, ainsi que la voûte et les murs d'un petit oratoire ménagé dans l'épaisseur du mur nord du donjon. Une étude dendrochronologique a montré que ces lambris avaient été confectionnés avec des chênes abattus quelques années après 1363 très probablement près de la ville de Gdansk (Pologne).
Les dispositions générales du deuxième étage, qui abritait la chambre du roi, sont assez semblables à celles du premier. Des traces importantes du décor contemporain de l'installation de Charles V en 1367 ou 1368 subsistent ici. Les nervures des voûtes portent un décor formé de fleurs de lis modelées en relief, dorées à la feuille et disposées sur un fond bleu. Quelques crochets encore en place dans les voûtes et des traces dans les murs montrent que la chambre du roi était, comme la salle du premier étage, intégralement lambrissée, de même que le petit oratoire ménagé dans l'épaisseur du mur nord du donjon, les murs et les voûtes de la tourelle sud-ouest.
Un inventaire des collections royales fait en 1380 donne des indications précieuses sur une partie des meubles de la chambre du roi qui abritait un grand nombre de joyaux. Dans l'embrasure de la fenêtre ouest, à la lumière, était accroché un coffre qui renfermait trente et un manuscrits religieux, dont deux psautiers ayant appartenu à saint Louis. La tourelle nord-ouest, éclairée par une seule fenêtre et possédant une cheminée, est le «retrait» où, dès juillet 1367, sont déposés les «coffres» du roi, c'est-à-dire l'argent liquide. Après cette pièce, dans la tour rectangulaire, un vestibule éclairé par une fenêtre donnait accès d'un côté à une «étude», de l'autre aux latrines. Cette étude est une petite pièce couverte d'une voûte dont les nervures retombent sur quatre consoles sculptées portant les symboles des évangélistes et dont la clef est décorée d'une représentation de la Trinité ; elle possède une cheminée. En 1380, un grand nombre de joyaux, de reliques et de manuscrits y étaient entreposés.

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Le troisième étage a les mêmes dispositions que le deuxième, à quelques détails près : l'absence d’étude en encorbellement et de tout décor peint ainsi que de toute trace d'un lambrissage. Cela conduit à penser que cet étage, qui n'apparaît pas dans l'inventaire de 1380, ne peut être, comme cela est avancé traditionnellement depuis longtemps, la chambre de la reine ou du dauphin, mais celle de proches du roi.
La disposition générale des trois niveaux supérieurs conduit à penser qu'il s'agit d'espaces destinés aux proches et aux serviteurs ainsi qu'aux réserves domestiques et militaires.
Le donjon de Vincennes et son enceinte forment la seule résidence royale médiévale conservée en France. Il est donc intéressant de voir comment des souverains comme Jean le Bon ou plus spécialement Charles V concevaient leur lieu de résidence et de travail.
La partie la plus intéressante et finalement la mieux conservée est ce que l'on appelle le «logis du roi», c'est-à-dire les pièces semi-privées qui abritent sa vie personnelle ou semi-publique. À Vincennes, ce logis était organisé sur deux niveaux, avec quelques pièces au niveau du chemin de ronde de l'enceinte et au deuxième étage du châtelet, prolongées au même niveau et au premier étage du donjon par une salle et ses annexes, tandis qu'au deuxième étage se trouve un ensemble de pièces disposées autour de la chambre royale et qui constituent un espace beaucoup plus privé.
Par contre, les bâtiments domestiques, disposés tout autour de l'enceinte du donjon, ont été presque totalement détruits lors des remaniements postérieurs ; en 1418, l'un d'entre eux abritait la paneterie, l'un des services de l'Hôtel. Il n'en reste pas moins que l'on peut reconstituer à Vincennes une organisation verticale du «logis du roi», les communs en bas, les parties résidentielles au-dessus, ce qui est caractéristique de l'architecture princière de cette époque.