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Aux origines du Château

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Vincennes avant la résidence capétienne

856

Le bois de Vincennes, établi sur une terrasse au sol caillouteux qui n'attira jamais les défricheurs, a donné son nom au futur château puis à la commune. En 848, le toponyme Vilcenna apparaît pour la première fois et désigne le Bois. Ce toponyme pré-latin appartient à une série d'hydronymes comme la Vienne, Vigenna ou Vingenna aux VIe-VIIe siècles, l'Orge, Vigenna à la fin du Xe siècle, ou la Vilaine, Vicinonia au VIIe siècle : il est probable qu'il désigne d'abord l'un des ruisseaux qui s'écoulaient des hauteurs de Montreuil vers le sud en traversant, avant de se jeter dans la Seine à Bercy, la terrasse portant le Bois. Du Bois, ce toponyme passa ensuite au château puis à l'agglomération rurale qui se développa au nord de ce dernier.

Deux voies romaines, qui perdurèrent au Moyen Âge, bordaient le Bois au nord et à l'ouest. Sortant de Paris au Moyen Âge par la porte Saint-Antoine, elles se séparaient peu après, l'une allant vers le pont de Charenton pour franchir la Marne et rejoindre Sens, l'autre, dont le tracé est occupé par l'actuelle rue de Fontenay à Vincennes, se dirigeant vers Chelles, Meaux et Lagny. Le développement de la foire de Lagny, l'une des quatre foires de Champagne apparues au XIIe siècle et très importantes pour le commerce parisien jusqu'au milieu du XIIIe siècle, donna une certaine importance à ce second axe routier.

Une résidence royale très peu probable avant la fin du XIIe siècle

p-857

Charte de Henri Ier du 21 mars 1037, par laquelle le roi accorde un droit d'usage dans son Bois de Vincennes à l'abbaye de Saint-Maur des Fossés.
C'est la première trace écrite d'une possession d'une partie du Bois par les Capétiens.
Coll. AN (K 19 n°2z)
 
Les souverains mérovingiens possédaient probablement à l'est de Paris un domaine relativement important, mais qu’ils cédèrent très vite à l'église cathédrale de Paris ou à diverses abbayes parisiennes ou des environs, comme Saint-Maur-des-Fossés. Dans tous les cas, l'existence d'un palais royal mérovingien à Nogent-sur-Marne – hypothèse avancée depuis très longtemps par de nombreux auteurs – doit, à la lumière de travaux récents, être abandonnée.
Le don, en 1037 par Henri 1er (1108-1060) à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, d'un droit d'usage dans le bois de Vincennes, première trace d'un passage de cette forêt entre les mains des Capétiens, pourrait conduire à penser qu'une résidence royale existe à Vincennes dès cette époque. Mais en fait, jusqu'au règne de Louis VI, les Capétiens séjournent peu dans leur ville de Paris. Ils n'ont donc pas besoin d'une résidence secondaire près de Paris.

Deux autres éléments vont aussi à l'encontre de l'existence d'une résidence royale à Vincennes avant la fin du XIIe siècle : la faiblesse du domaine capétien à l'est de Paris aux XIe-XIIe siècles et la manière dont le bois de Vincennes est utilisé jusqu'à cette époque. Une résidence royale n'est alors possible que si, dans sa proximité immédiate, existent les possibilités d'approvisionnement indispensables. Or, le domaine royal, dans les paroisses de Montreuil ou de Fontenay, est d'une faible ampleur aux XIe-XIIe siècles.
Par ailleurs, d'Henri 1er à Philippe Auguste (1180-1223), les souverains, après Saint-Maur-des-Fossés en 1037, accordent aux abbayes parisiennes, qu'ils fondent ou refondent, des droits d'usage dans le bois de Vincennes : en 1075 à l'abbaye Saint-Magloire, en 1134 à Saint-Pierre de Montmartre, en 1137 à Saint-Victor, en 1137-1138 à Saint-Pierre de Montmartre, entre 1137 et 1154 à Saint-Lazare, ainsi qu’à Saint-Martin-des-Champs avant 1164. Ces dons impliquent au début du règne de Louis VII un prélèvement quotidien d'au moins une charretée de bois à deux chevaux pour Montmartre, une charge de cheval pour Saint-Lazare, cinq d'ânes pour Saint-Maur et Saint-Magloire, à quoi il faut ajouter les prélèvements quotidiens de Saint-Victor et de Saint-Martin-des-Champs, dont le volume est inconnu. Ces dons royaux de droits d'usage dans le Bois prouvent que celui-ci n'est pas encore au milieu du XIIe siècle un parc de chasse, ce qui va à l'encontre de l'existence d'une résidence royale en ce lieu à la même époque. L'installation par Louis VII en 1158 d'un prieuré grandmontain au cœur du Bois, dans un grand enclos forestier situé à l'emplacement de l'actuel lac des Minimes, va dans le même sens.