Antigones 2021

Antigones 2020 d’après l’Antigone de Sophocle

Antigone, contrôlée, interdite, emmurée vive, dit NON ! Non à un pouvoir de surveillance autoritaire, qui lui défend de voir son frère mort et lui interdit de l’enterrer.

Surgissement tragique d’Antigone, il y a 2500 ans. Dans la pièce écrite par Sophocle. Elle dit NON à Créon, son oncle qui gouverne. Ses deux frères se sont entretués pour la conquête du pouvoir. Le corps du premier, celui qui a été conforme au droit, reçoit tous les honneurs ; le corps du second, le corps du traitre, va être abandonné aux vautours. Antigone s’élève contre la loi édictée par Créon. Elle dit NON à Créon. Elle dit NON à Ismène, sa sœur, qui vient la rejoindre « trop tard » dans son combat : « Tu as choisi la vie, moi, je préfère mourir. »

Emmurée vive. Antigone, emmurée et condamnée à être nourrie jusqu’à la mort. Nourrie et enfermée. Enfermée pour qu’elle subisse, à chaque seconde des années qui lui restent à vivre derrière des murs, le désespoir de l’isolement. Avec la mort, pour seul projet. Elle se pend dans son cachot, et son NON continue de hurler à travers le temps, jusqu’à nous…

Effroyable symétrie. Symétrie de rébellion face à la gestion inhumaine d’une pandémie planétaire. Antigones 2020. Symétrie au temps présent. Délivrer celles et ceux qui sont reclus, cloîtrés dans les Ehpad par ordre politique. Les hommes âgés partagent le sort des femmes âgées emmurées vives. Ceux qui n’ont plus la force physique de dire NON, écroués. Agonie du temps présent. Emmurés dans des établissements de protection : serrures changées, fenêtres bloquées. Symétrie de mise à l’isolement. Pour sauvegarder la vie…

Interdiction aux proches de voir leurs morts. Symétrie de l’interdiction de les accompagner. Rungis transformé en morgue géante. Les marchés frigorifiques pour la viande animale transformés en chambres mortuaires pour les humains.

Interdiction du suicide. Interdiction du suicide assisté. Mise en captivité de ceux qui n’ont plus la force de s’évader. Pour les garder en vie. « L’État est, par nature, vorace et totalitaire… ». Symétrie du pouvoir autoritaire sur la vie et sur la mort des citoyens.

Violences infligées aux soignants. Il faut choisir. Entre les vivants. Lesquels va-t-on sauver ? Les plus jeunes, ceux qui pourront résister ? Ou les autres, déjà en fin de vie, qu’on peut mettre à l’isolement ?… Symétrie de choix guerriers.

Alors ? Y a-t-il encore quelque chose d’Antigone en nous ? Ou le NON qu’elle hurle depuis des siècles s’est-il définitivement éteint ?

Antigones 2020, trois femmes aujourd’hui, qui portent, chacune en elle, une part d’Antigone, plus ou moins grande, plus ou moins étouffée. Qui s’interrogent sur leur capacité de résistance. Sur leur capacité à dire NON. Elles vont jouer la pièce de Sophocle, comme une liturgie contemporaine qui interroge le texte phare de la rébellion… Elles vont interpréter tous les rôles, comme on le faisait dans l’antiquité, quand il n’y avait que trois acteurs, et quand le choeur représentait la cité, la « polis, la cité-État, composée d’une communauté de citoyens libres et autonomes, la cité qui était une structure humaine et sociale et non une organisation administrative »…

Trois représentantes des forces qui composent cette cité-État. Trois figures constituant les êtres humains qui vivent en république : la vie, Ismène, la mort, Antigone, et le pouvoir, Créon, dont la femme Eurydice est le porte-parole. Cet État composé « d’animaux politiques, réunis par le choix de vivre ensemble, pour bien vivre, une vie commune assurée par la justice, vertu politique par excellence »…

Antigones 2020, trois femmes face à la rébellion, au NON immémorial de l’Antigone de Sophocle, et à la gestion inhumaine d’une pandémie planétaire…

Laurence Février. Mai 2020

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