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L'ancien manoir capétien

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Plan dressé vers 1654 par Le Vau, architecte de Louis XIV.
En bleu clair, l'emplacement de l'ancien manoir médiéval.
 
En 1178, Louis VII (1137-1180) signe à Vincennes un acte qui prouve qu'il existe ici une résidence royale. C'est donc sans doute au milieu du XIIe siècle que peut être située la première grande période de construction - celle du manoir d'origine, avec ensuite des réfections et des adjonctions constantes jusqu'au milieu du XIVe siècle. A quelques kilomètres à l'est de Paris et dans un bois qui appartient aux souverains, Vincennes est une sorte de résidence secondaire dont Saint Louis (1226-1270) fait son principal lieu de séjour après le palais de la Cité. Il en restera ainsi aux XIIIe et XIVe siècles.

Il ne restait rien de visible de cette époque avant l'ouverture en juin 1991 du chantier de fouille qui a mis au jour des murs de cette première résidence royale, les plus anciens datant de la fin du XIIe siècle.
Plus récemment, à l'occasion du chantier relatif aux réseaux des fluides, une importante fouille archéologique a eu lieu afin notamment de retrouver la partie ouest du manoir royal médiéval.

Lors de la fouille conduite entre 1992 et 1996 à l'emplacement du manoir royal, il a été mis au jour des éléments architecturaux remontant au début du XIIIe siècle. Un mur qui forme la clôture du manoir au nord et divers éléments architecturaux, dont une salle basse et une cave, datent de cette époque. Ces éléments sont trop réduits pour que l'on puisse en tirer des conclusions précises sur ce qu'est alors cette résidence, sinon qu'elle est constituée de plusieurs bâtiments disposés au niveau du sol et non sur un terrassement artificiel. Par ailleurs, les fouilles dans la cour nord, de 1991 à 1996, ont révélé des informations sur le manoir de saint Louis et mis à jour un carrelage du XIVe siècle.

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Les premiers Capétiens, jusqu'à Louis VII, possèdent et fréquentent d'anciennes résidences carolingiennes urbaines, par exemple à Compiègne, Orléans et Senlis, quelques rares anciens palais ruraux carolingiens et des résidences qui leur appartiennent anciennement en propre, comme Melun, Étampes, Poissy ou Vitry-aux-Loges. À côté de ces résidences toutes fortifiées, un autre type de lieu de séjours royaux apparaît sous Louis VI et Louis VII : ce sont des résidences «secondaires» distribuées le plus souvent autour de vieilles villes antiques, comme Orléans, Paris, Sens, Bourges, Senlis. Aussi bien du point de vue historique qu'archéologique, Vincennes appartient à ce type de résidences royales «rurales» et secondaires.

Le carrelage du manoir de Saint-Louis (coll. ERCVBE 1994)

De 1250 au milieu du XIVe siècle

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Objet issu des fouilles du château : coquemar et son couvercle. Coll. ERCVBE.

Les sources écrites, peu nombreuses et peu explicites, permettent mal de suivre la genèse et l'évolution du manoir entre le règne de saint Louis et le début de la construction du donjon en 1361. Des travaux au «palais» de Vincennes sont attestés en 1251 et il est probable qu'il en fut de nouveau de même sous Philippe III quand, entre 1274 et 1276, il agrandit le bois de Vincennes sur le terroir de Saint-Mandé et fait refaire les adductions d'eau alimentant l'étang de Saint-Mandé et le manoir.

Pendant le règne de Philippe le Bel, des travaux d'une certaine importance sont mentionnés entre 1296 et 1305. En 1336-1338, des travaux relativement importants sont mentionnés, puis les sources écrites indiquent la construction de nouvelles galeries et l'adjonction de caves, des travaux à la cuisine de la reine et des réparations en 1347-1349. Enfin, une importante campagne de réfection du manoir est mentionnée en 1365-1367.
La précocité et l'ampleur (plusieurs kilomètres de long) du système hydraulique montre bien l'importance du site : d'après la fouille, c'est dès le règne de saint Louis qu'une adduction de tuyaux de terre cuite est mise en place vers le manoir grâce au captage de sources situées sur les hauteurs de Montreuil, à environ trois kilomètres au nord. Et, en 1239, on crée à Saint-Mandé sur le tracé d'un ruisseau venant lui aussi de Montreuil un barrage de retenue, formant un étang propre à l'élevage des poissons destinés à alimenter la table royale pendant les jours de maigre. À plusieurs reprises dans les décennies suivantes, l'adduction du manoir sera réparée ou remaniée, avec notamment le passage, dans le cours du XIVe siècle, à des tuyaux de plomb.
À partir des sources écrites et de la fouille de 1992/96, on peut se faire une idée assez précise de ce qu'est le manoir royal de Vincennes au début du règne de Charles V, vers 1364. Le vocabulaire qui sert à le désigner entre 1248 et 1353 est significatif. Domus, «maison», premier terme connu, est plus fréquent que «manoir», ou que «Hôtel». «Palais» est rare, et jamais un terme évoquant la fortification, comme castrum, «château», n'est employé pour Vincennes. »

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Fragment de carrelage au décor fleurdelisé issu des fouilles du Château.
Coll. ERCVBE

La fouille, les textes médiévaux et la documentation graphique du XVIIe siècle, qui donne l'état des vestiges qui subsistent alors du manoir, montrent que celui-ci est au milieu du XIVe siècle un carré d'une soixantaine de mètres de côté, composé de quatre ailes de bâtiments entourant une cour. Cet édifice était le résultat d'une longue histoire remontant au moins au début du XIIIe siècle, et la fouille a montré une succession très rapide de travaux pendant toute cette période.
Cette construction hétéroclite était faite de multiples adjonctions et reconstructions réunissant des bâtiments de qualité variable, aménagés sur un à trois niveaux ou plus selon les secteurs. Toutes les constructions fouillées sont établies au niveau du sol et non sur un terrassement, contrairement à ce qui est très courant dans l'architecture fortifiée des XIIe-XIIIe siècles. Un élément défensif (un donjon carré d'une dizaine de mètres de côté connu seulement par un plan de 1654) existe à la jonction des ailes ouest et sud. A l'étage de l'aile ouest se trouvait la grande "salle Saint-Louis" mentionnée dans plusieurs sources. Le reste du manoir comptait diverses chambres, des constructions religieuses - et notamment la chapelle Saint-Martin, détruite au XVIIe siècle.
Au centre de la cour du manoir, une fontaine de pierre monumentale a été bâtie sous le règne de Charles V, probablement à la faveur de la campagne de reconstruction du manoir attestée en 1365-1367, et remplaçait une construction antérieure de même nature.

Autour du manoir capétien...

Le manoir et les constructions proches ne constituaient pas les seuls bâtiments formant la résidence royale du «Bois de Vincennes». Dès le règne de Philippe III, en périphérie ou au sein du Bois, sont apparues des résidences utilisées de temps en temps par le souverain, sa famille ou ses proches : conciergerie de Saint-Mandé, manoir de Plaisance, Séjour des Carrières-de-Charenton... Cette évolution se traduit par un changement remarquable dans la désignation de la résidence royale : appelée Vincennes depuis l'époque de Louis VII, elle est désignée de plus en plus fréquemment sous le vocable de « Bois de Vincennes » à partir du règne de Louis IX.